André Blouin : Un bâtisseur visionnaire

Texte : Patrick Charbonneau Photos : André Blouin et Jonathan Bélisle

Il y a des clubs qui naissent d’une idée. D’autres qui naissent d’un besoin. Et il y a ceux qui naissent d’un homme — d’un moteur humain, d’un organisateur né, d’un visionnaire qui voit plus loin que les chemins existants. Dans la Matapédia, cet homme, c’est André Blouin. Depuis près de 30 ans, il trace, rassemble, construit et inspire. Son œuvre : un réseau structuré, sécuritaire, innovant… et une communauté soudée.

Le Club VTT de la Matapédia est officiellement enregistré en 1999. Mais pour André Blouin, l’histoire commence bien avant. « On ne se lève pas un matin en disant qu’on va faire 300 ou 700 kilomètres de sentiers. On a commencé quelques années avant, à préparer le terrain, à planifier des circuits et à négocier des droits de passage. » Avec Marcel Pinard et Gervais Lacasse, il pose les premières pierres d’un projet qui deviendra l’un des réseaux les plus structurés du Québec.

Un organisateur dans l’âme

L’organisation, chez lui, n’est pas un apprentissage : c’est une nature. « À 12 ans, j’organisais déjà un tournoi régional de tennis. » Il a aussi fondé un club de 4X4 qui deviendra l’un des plus importants en Amérique du Nord. Le quad n’est donc pas un hasard : c’est la suite logique d’une vie passée à structurer, rassembler, organiser.

Le déclencheur personnel

Avant le quad, André Blouin passe 32 ans comme évaluateur à la MRC de La Matapédia. Un rôle rarement applaudi, comme il le dit bien, mais qu’il exerce avec rigueur et équité. « S’il n’y avait pas eu d’évaluateur, il n’y aurait pas eu de comptes de taxes. » Mais en 1993, un infarctus change sa trajectoire. « L’année suivante, je me suis acheté un quatre roues pour faire autre chose. »

Une mission claire dès le départ

Ce qui devait être un loisir devient rapidement une mission. Il voit le potentiel, mais aussi le manque d’encadrement. Les gens roulent partout, parfois sans autorisation. Il faut structurer, baliser, sécuriser. Le club naît de cette vision. Les trois amis se donnent un objectif simple et ambitieux : faire connaître la Matapédia aux quadistes de partout. « Administrativement, on est dans le Bas-Saint-Laurent, mais touristiquement, on est en Gaspésie. On est partout… et en même temps nulle part. » Le club devient alors un outil de mise en valeur du territoire. Mais ce qui semblait simple devient un engagement à long terme. « On se disait toujours : dans deux semaines, on va être avancé. On se le dit encore aujourd’hui. » En 2026, le club célèbre ses 27 ans d’existence… et près de 30 ans de travail terrain.

Une philosophie de gestion humaine et efficace

La gestion du club repose sur une idée simple : chacun apporte ses compétences. « Je rassemble les gens et j’essaie d’aller chercher la force de chacun. Les manuels effectuent les travaux manuels, les gars de papier font le papier. Mais tout le monde a du plaisir. » Le bénévolat doit rester agréable. « Si tu n’as pas de fun dans un club, tu ne resteras pas longtemps. » Le club fonctionne avec très peu de réunions formelles. On se parle, on se voit, on règle les choses au quotidien. Deux réunions par année suffisent. Et même l’hiver, les membres se retrouvent à la danse. La cohésion ne prend jamais de pause. « Il ne faut pas attendre que la vie soit plus facile pour choisir d’être heureux. »

Le quad comme moteur communautaire

Pour André Blouin, le club est avant tout un club social. « Le but, ce n’est pas juste de rouler. C’est d’avoir du plaisir, de voir des paysages, de parler ensemble. » Le club s’implique dans la communauté : déjeuners, visites auprès de personnes âgées ou isolées, partenariats avec d’autres clubs. Le quad devient un prétexte pour créer du lien. « Il y a des gens qui ne sortent jamais de leur chambre. On va les voir pour leur donner de la joie. »

Un réseau de sentiers exceptionnel

Le belvédère de la chute à Philomène est le projet phare du club, le belvédère permet d’admirer la chute de haut. Il s’avance à 64 pieds dans le vide, solidement ancré dans le roc et son plancher est en verre blindé offrant une vue époustouflante. « Ce n’est pas une chasse gardée VTT. C’est pour tout le monde. » précise le président. Quatre tours d’observation complètent l’offre touristique, accessibles en voiture ou en quad. C’est sans compter les nombreuses haltes offrant un espace de stationnement pour les quads et des tables à pique-nique. Et parmi les réalisations les plus spectaculaires : trois grandes passerelles, dont une suspendue au-dessus de la rivière Assemetquagan. La passerelle Gervais-Lacasse, nommée en l’honneur d’un cofondateur, mesure plus de 160 pieds.

La grande fierté du club : ses 729 kilomètres de sentiers d’été dont la signalisation est planifiée par municipalité grâce à un logiciel qui indique précisément quels panneaux installer et où. Les grands panneaux « Vous êtes ici » sont devenus une signature du club. Il s’agit d’un grand panneau avec une carte des sentiers avec la localisation réelle. Impossible de se perdre. Le club est aussi pionnier en innovation numérique : l’une des premières applications Quad permettant de suivre sa position (par GPS) en temps réel avec des trajets proposés et même des balises électroniques qui déclenchent automatiquement des descriptions touristiques. Une expérience moderne, sécuritaire et accessible.

Les droits de passage : une relation de confiance

Plus de 400 droits de passage, tous signés, assurés, respectés, assurent la continuité des sentiers. À chaque entrée de sentier en terrain privé, un panneau remercie le ou les propriétaires et mentionne leur nom. « Les gens voient le nom et quand ils rencontrent les propriétaires beaucoup les remercient. Ça change tout et si pour une quelconque raison le tracé doit être modifié, le club collabore avec les propriétaires pour trouver des solutions gagnant-gagnant ».

Financement et tourisme

Le financement repose largement sur les retombées touristiques et la générosité des commerçants. « Quand on a eu besoin de 22 000 $ pour compléter un belvédère, les commerçants ont été très généreux. » Le Festival Quad Matapédien contribue aussi à faire rayonner la région. Nombre de festivaliers sont de l’extérieur, d’aussi loin que les Hautes-Laurentides!

Une vision profondément humaine

Il y a des présidents. Et il y a des bâtisseurs. André Blouin appartient à la seconde catégorie — celle des gens qui ne cherchent pas la reconnaissance, mais qui laissent derrière eux des traces visibles, solides, durables. Des ponts, des belvédères, des sentiers, des liens humains.

Depuis près de 30 ans, il façonne la Matapédia comme d’autres sculptent le bois : avec patience, vision et respect. Il a donné au quad une identité, une structure, une âme. C’est un leader qui croit profondément que la joie, ça se construit… un sentier à la fois.

Ne manques pas la 24e édition du Festival Quad Matapédien qui se tiendra du 4 au 6 septembre 2026. Pour plus d’informations, rendez-vous sur le https://www.clubvttdelamatapedia.com.

Publié initialement dans le magazine Sentier Quad volume 31, numéro 4

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