Sentiers fédérés quads : Clients ou membres?

Avec l’apport de nouveaux membres, souvent attirés par les autoquads et leurs performances, on voit arriver sur Facebook un nouveau type de détenteurs de droits d’accès : les insatisfaits des conditions de sentier, les perfectionnistes de la piste. On fera une différence entre l’été et l’hiver. Commençons par la clientèle estivale.

On utilise ici le terme clientèle, car ces personnes se comportent comme des clients. Ils ont payé 300 $, donc ils ont droit à des sentiers lisses comme des tapis de billard. Pour rouler avec leur côte-à-côte à jantes d’aluminium et peinture lustrée, il ne faudrait pas qu’un caillou vienne grafigner le véhicule à 30 000 $… Alors ils le font savoir sur Facebook, en utilisant des superlatifs alarmants : « inconcevable, inadmissible, dangereux!… ». Heureusement, ils ont la bonne idée de poster des photos pour l’explication. Et là on voit un sentier bien normal, avec peut-être une roche un peu plus grosse sur le bord, qui a pu y être propulsée par un autre autoquad surpuissant conduit par un pilote au pied pesant. 

Oui, il y a des endroits où les sentiers sont très roulants, mais d’autres où la piste est plus accidentée. L’intérêt est de relier avec le minimum de coupures 24 400 km de sentiers fédérés, une situation unique dans le monde, mais dont certains membres ne mesurent pas la complexité, ni l’avantage qu’ils ont par rapport aux quadistes d’autres pays.

En hiver, il y a le conducteur qui ne comprend pas que le fond du sentier doit être glacé pour pouvoir être travaillé par les machines du club. Car lui, il a payé, c’est l’hiver, donc il roule. C’est lui qui va défoncer la piste, créant de profondes roulières qui retarderont le moment où le sentier pourra être surfacé.

Étonnamment, lui qui utilise Facebook pour se plaindre des conditions, ne voit pas les messages des clubs, qui déconseillent d’aller dans un secteur tant que la température n’est pas descendue suffisamment pour solidifier le sol. 

Ce même membre ne comprendra pas que la météo changeante et le passage de nombreux quatre-roues peuvent endommager rapidement un chemin entretenu récemment. Et il sera le premier à appuyer le pied sur l’accélérateur, pour le plaisir de ressentir la puissance de son engin. Action qui aura comme conséquence de détériorer le sentier et de créer des roulières pour les autres…

Ces nouveaux venus dans le domaine du quad ont comme référence le réseau routier entretenu par le ministère des Transports. Ce n’est pas le même budget. La FQCQ a la chance de pouvoir compter sur des bénévoles qui donnent de leur temps pour entretenir les sentiers. Sans eux, des pans entiers de chemins pourraient être abandonnés. 

Et donnons raison aussi aux membres insatisfaits. Peut-être que certains sentiers manquent d’amour quelquefois. Parce qu’un bénévole s’est découragé de lire sur Facebook des commentaires désobligeants sur son travail, et qu’il a passé son tour. 

Comment remercier un bénévole? Par la reconnaissance, par le remerciement. Il n’est pas possible d’augmenter le « salaire » d’un bénévole. On ne peut pas le punir non plus, par une mise à pied de trois jours. Seule la motivation personnelle peut le faire sortir sous la pluie ou par moins 15 degrés la nuit. 

Quand avez-vous remercié les bénévoles de votre club?

C’est le moment de rappeler que les clubs de sentiers quads sont des OBNL, des organismes à but non lucratifs. En payant une droit d’accès, vous devenez membre et vous pouvez vous impliquer, aller aux assemblées générales, dire en face, à de vraies personnes, vos revendications. On vous demandera certainement votre aide pour entretenir les sentiers.

Êtes-vous prêt? Vous connaissez cette célèbre phrase : « Si vous critiquez un bénévole, êtes-vous prêt à le remplacer? »

Rouler dans un sentier fédéré n’est pas un droit acquis par l’achat d’une vignette, dont une partie sert maintenant à couvrir votre assurance responsabilité civile. C’est un privilège. 

La situation québécoise est unique. Les autres pays, comme le Brésil ou la Russie, viennent visiter l’infrastructure québécoise, et veulent copier notre modèle. Ailleurs au Canada, les sentiers sont sur les terres du gouvernement, souvent partagés avec des vélos ou des chevaux, ce qui oblige à s’arrêter souvent ou à ralentir la vitesse quand on croise d’autres utilisateurs. Aux États-Unis, le Vermont est l’un des quelques États ayant pris exemple sur le Québec. Ailleurs, il existe de très beaux domaines privés pour rouler, mais la carte de membre peut coûter jusqu’à 10 000 $ par an!

Un petit retour aux sources s’impose. En 1991, il y avait 5000 kilomètres de sentiers et 6000 membres. À l’époque, il y a eu cette volonté de fédérer les hommes de bonne volonté, pour faire croître cette idée folle de permettre aux quadistes de se promener sur plus de 20 000 kilomètres de pistes. Il a fallu convaincre des propriétaires terriens de prêter des terrains, obtenir du gouvernement un retour d’argent sur le prix des plaques (21 $ par véhicule), engager des travaux sur des terres publiques ou appartenant à des propriétaires privés. 

L’objectif, c’était la liberté de rouler dans la nature, avec des amis, partager une passion, partir à l’aventure. Mais le concept de vitesse n’existait pas. Il ne devrait pas exister encore aujourd’hui, avec une vitesse majoritairement limitée à 50 km/h. Et rappelons à nos nouveaux membres que les sentiers sont à double sens. À tout moment un véhicule peut arriver en face, avec une largeur de 64 pouces, au maximum. 

Ces sentiers, ils existent pour notre plaisir commun. Une roche ou une branche se trouve au milieu de la route? Déposez-la sur le côté, pendant qu’un autre quadiste protège vos arrières. Vous trouvez des déchets, bouteilles et autres sacs en plastique à votre arrêt? Ramassez-les et mettez-les à la prochaine poubelle. 

Il est important de transmettre ces valeurs de partage, de nature, d’aventure sans recherche de vitesse, pour les futures générations. Car avec 12 000 membres (sur 40 000) dont l’âge est supérieur à 65 ans, les dix prochaines années verront un changement dans la composition des membres.

En résumé, être membre de la FQCQ, ce n’est pas être un client de la Fédération. C’est faire partie d’un mouvement qui a su développer un réseau de sentiers incroyables, qui permet de rencontrer des personnes passionnées, de vivre des aventures hors du commun, en profitant de la nature et de la beauté du Québec. Ça n’a pas de prix, car l’entraide ne s’achète pas. Elle a su déplacer des montagnes. Ne laissons pas le clientélisme l’affaiblir.

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