Parlons de la pérennité des sentiers

Le concept de pérennité des sentiers est largement galvaudé sur les réseaux sociaux ces temps-ci. Cela parait bien, ce sont des mots qui sonnent fort, mais encore faut-il être capable d’expliquer ce qu’est la pérennité des sentiers.

Si on donne une plate définition du terme, on pourrait répondre que cela consiste à s’assurer que les sentiers durent dans le temps. Ce n’est pas faux, mais c’est très simpliste. Encore faut-il savoir comment s’en assurer et analyser l’environnement dans lequel le quad évolue en 2024. Ne soyons pas dupes, tout le monde a constaté que le monde dans lequel nous vivons a grandement changé depuis la COVID. Le monde du quad fédéré n’y a pas échappé et c’est un vœu pieux de penser que nous pouvons revenir comme c’était dans le bon temps où tout était plus simple.

La notion de pérennisation des sentiers

On doit considérer la notion de pérennisation des sentiers comme un amalgame de réalités qui ont toutes une influence dans l’avancement ou la consolidation de l’activité quad fédérée. Toutes ces réalités doivent être analysées et des moyens d’action mis en place pour répondre aux besoins actuels et futurs des clubs quad. Si un volet est en échec, cela retardera l’avancement d’autres qui sont attendus depuis longtemps par les clubs.

Financement 

Pierre angulaire de toute activité, la FQCQ est toujours à la recherche de moyens de financement pour financer l’activité quad.

  • Pour l’instant, la principale source de revenus est la vente du droit d’accès. La détermination du type de droit d’accès, le prix exigé et l’application d’une vente à rabais ou non sont confiés à un groupe de travail des associations régionales. Ce n’est pas le conseil d’administration de la FQCQ qui détermine le prix. Il y a présentement des travaux pour explorer une modulation différente des droits d’accès qui permettraient de corriger des iniquités entre les clubs d’été, d’hiver et quatre-saisons. Les clubs seront consultés à ce sujet lors du congrès 2024.
  • Les subventions sont aussi une source de financement importante. Pour les VHR, elles sont assurées à même le prélèvement de la plaque d’immatriculation. Cependant, nous sommes en rattrapage par rapport à la motoneige à ce sujet. La FQCQ a présenté un rapport au MTMD qui démontrait des iniquités et qui exposait clairement que nos opérations se déroulent sur une période de 12 mois comparativement à seulement 3 mois (normalement) pour la motoneige. Le MTMD est en train d’analyser la question et nous attendons une réponse à ce sujet.
  • Alliance de marque et commandite : dernièrement, la FQCQ a réussi à rassembler autour d’une même table la grande majorité des constructeurs. C’est la première fois que cela se fait dans l’histoire de la FQCQ. Ceux-ci ont montré un grand intérêt à s’impliquer dans l’avenir de l’activité au Québec.

Sécurité 

La sécurité est une responsabilité dévolue aux clubs d’utilisateurs par la Loi sur les véhicules hors route (LVHR). Elle ne se limite pas à l’application de la loi par les agents de sentier, mais aussi aux indications claires en sentier grâce à une signalisation efficiente et conforme de même qu’un entretien des sentiers.

  • La surveillance et l’application de la loi sont assurées par les agents de sentiers qui relèvent des clubs ou, pour les agents provinciaux, directement de la FQCQ. Notons que le MTMD demande maintenant une reddition de compte sur la patrouille en sentier.
  • La signalisation est également un facteur important de la sécurité en sentier. Celle-ci prévient le quadiste des dangers, dicte la vitesse et autres prescriptions. Plusieurs comités sur la signalisation ont été mis en place ces dernières années, mais l’engagement des parties en cause est laborieux.

La nature du réseau 

La composition des sentiers est en constante évolution en fonction des types de véhicules qui y circulent, de la nature du sol, des changements climatiques, etc. Il faut donc établir des normes pour la construction de nouveaux sentiers. Également, le réseau subventionné ne peut s’étendre à l’infini. Si un sentier est autorisé à s’ajouter au réseau subventionné, c’est parce qu’il permettra d’atteindre des services ou de connecter des communautés. Le comité pérennité des sentiers est en place pour veiller à ces deux aspects.

Également, les droits de passage sont une pierre angulaire du réseau et rendent celui-ci très fragile. En plus des problèmes d’actions délinquantes sur les terres agricoles qui entrainent des expulsions des VHR, l’étalement urbain rétrécit les réseaux comme peau de chagrin autour des villes. Rappelons aussi que le programme de pérennisation des sentiers mis de l’avant par l’ex-sous-ministre aux Transports, M. McMillan, n’est plus une priorité pour le MTMD. Nous devons naviguer dans l’appareil gouvernemental sans facilitateur.

Réglementation 

Plusieurs lois impactent directement l’exploitation des sentiers et celles-ci ne cessent d’être amendées au fil du temps. Il est donc important d’être vigilant pour être en conformité avec la réglementation et aussi de participer aux travaux des commissions parlementaires par le biais de présentations de mémoires lors qu’on y est invités.

Changement de clientèle 

Cet aspect aussi exerce une influence sur la pérennité des sentiers, car cela oblige à envisager des changements profonds du modèle d’affaires qui a fait le succès du quad fédéré au Québec. Tout d’abord, les membres des clubs sont davantage de type membre-client au lieu de membre-bénévole. Cela laisse un grand vide de main-d’œuvre pour effectuer les travaux nécessaires en sentier. Cette attitude intransigeante de certains membres qui exigent que tout leur soit livré comme le MTMD le ferait pour les automobilistes écœure les bénévoles qui tiennent le fort. Également, l’évolution des quads qui ne cessent de prendre du volume met un stress sur l’environnement quad. Heureusement, la LVHR a limité la croissance des VCC, mais le lobby des fabricants a quand même pu faire inscrire dans la loi une masse nette maximale de 950 kg, ce qui est très considérable à supporter dans un sentier de neige compactée.

Acceptabilité sociale 

L’activité du quad a longtemps été perçue comme un sport motorisé de seconde zone, des « mangeux de sandwichs » comme le dit un chroniqueur québécois connu. L’activité quad a donc le défi d’améliorer son image afin de consolider une respectabilité de ses activités auprès du public québécois.

Ainsi, la résistance citoyenne sera moindre lorsqu’un club envisagera d’aménager un sentier dans un secteur donné.

Pour ce faire, il est important que les usagers comprennent que la civilité des membres lors de la circulation dans les zones urbaines est essentielle. De plus, les clubs s’impliquent dans beaucoup d’activités citoyennes afin de contribuer à la qualité de vie de leur communauté. Les écologistes aiment coller une image de flibustiers de l’environnement aux quadistes fédérés. Pourtant, les clubs font beaucoup d’efforts pour protéger la biodiversité dans les sentiers : plantation d’arbres, protection des milieux humides, nettoyage des détritus laissés par d’autres, réfection des ponceaux pour protéger l’habitat du poisson, etc.

Partenariats 

En sus des relations avec les différents niveaux de gouvernement, la FQCQ a développé des partenariats avec des partenaires avec lesquels elle partage l’occupation du territoire. Il y a tout d’abord l’entente avec le regroupement des ZECs qui permet d’y circuler sans frais sur les sentiers fédérés. L’entente de départage de sentier avec la FCMQ régularise la cohabitation avec les motoneiges. Et il y en a plusieurs autres avec des ATR, des propriétaires privés. Tout récemment, un partenariat avec les fabricants de quads s’est installé pour la promotion du quad.

Entretien des sentiers 

L’entretien des sentiers est une pierre angulaire pour la pérennité des sentiers. Le niveau attendu par les membres-clients est en hausse alors que les moyens des clubs restent limités. Et cela est sans compter les aléas dans les changements climatiques qui mettent une pression terrible sur les clubs. On n’a qu’à penser aux épisodes de pluies diluviennes un peu partout sur le territoire, le derecho de 2022, les épisodes de grand vent de décembre 2022 qui ont couché des milliers d’arbres dans les sentiers au Bas-Saint-Laurent.

On sait tous que les machines d’entretien de sentier sont vieillissantes, que les prix de remplacement ne cessent d’exploser et que les subventions pour l’achat de machinerie sont les mêmes qu’il y a 15 ans. Récemment, les fonctionnaires de DEC Canada ont accepté de considérer le quad dans son programme de financement. Il reste à mettre en place les procédures et modalités avant l’acceptation finale de l’entente par le ministre responsable. Rien n’est acquis de façon certaine, mais c’est la meilleure ouverture que nous avons eue dans l’histoire de la FQCQ. 

Main-d’œuvre des clubs 

Sans vouloir être alarmiste, ce n’est un secret pour personne que la main-d’œuvre bénévole des clubs s’essouffle et surtout, elle peine à se renouveler. Ce modèle d’affaires qui a fait le succès mondial de la FQCQ ne pourra pas perdurer longtemps.

Beaucoup de clubs ont déjà commencé à rémunérer leur main-d’œuvre, surtout pour l’opération de la machinerie. Mais beaucoup sont également prêts à payer pour un service de mise en place de signalisation et autres services. Cette demande est embryonnaire, le financement devrait être majoré en fonction des besoins des nouvelles réalités des clubs. Également, en ce qui concerne les tâches cléricales, un projet pilote de service de comptabilité centralisée en région a été proposé. Cependant, même si quelques clubs ont commencé à le faire, peu se sont montrés intéressés à y adhérer.

Les communications 

Les communications ont toujours été le talon d’Achille de la FQCQ. Honnêtement, il y a des aspects qui ont été améliorés, comme la communication avec les clubs à l’interne de la FQCQ. Le CA fait maintenant quatre rencontres annuelles avec les associations régionales pour discuter et consulter.

Beaucoup de communications ont été faites pour s’adresser à des gens en dehors des clubs et de l’univers fédéré du quad pour tenter de les intéresser. Cependant, il reste des améliorations à apporter pour les quadistes d’expérience qui veulent entendre parler de quad, d’événements à venir et autres. À ce sujet, un nouveau plan a été préparé et sera présenté aux délégués au congrès annuel 2024.

Intégration des intervenants quad 

Par intégration, on entend la planification des opérations et de la synergie des différents intervenants qui œuvrent dans l’environnement de la FQCQ. Pour ce faire, le CA a mis en place avec l’aide de la firme Malette un plan stratégique 2022-2025 et un calendrier de réalisation de ce plan. Ce plan est en très bonne voie de réalisation. Un autre projet est de concevoir des guides de procédure permanente d’opération pour différentes actions à être réalisées par les clubs. Ainsi, de nouveaux membres d’un CA de club pourraient s’y référer pour savoir quoi faire en signalisation, avec les droits de passage, etc.

Les associations régionales font aussi partie des intervenants à titre d’intermédiaires entre les clubs et le CA. Leur rôle est consultatif et elles participent aussi à valider les grandes orientations que le CA envisage.

La pérennité est un concept complexe

La pérennité des sentiers est complexe parce qu’elle met en scène une foule de facteurs qui ne sont pas toujours contrôlés par les clubs et ceux-ci doivent composer avec. L’argent est loin d’être le seul facteur important. Il y a aussi le facteur humain. On ne peut s’illusionner que les choses reviendront comme avant pour l’implication des bénévoles. Il faut prévoir un plan alternatif et tout cela ne se règlera pas d’un coup de baguette magique.

Comme dans la gestion d’un grand chantier de construction, il faut bien planifier les actions à réaliser. Il faut évaluer les dossiers prioritaires à travailler afin d’établir la séquence la plus courte pour compléter le projet et d’avoir le délai le plus court possible pour assurer la pérennité des sentiers. C’est avec une planification des actions dans l’ordre requis, avec des dossiers bien détallés et argumentés que nous aurons des négociations efficaces avec les décideurs, afin de faire valoir nos besoins pour que l’activité quad fédérée perdure au Québec.

Pierre Allard
Vice-Président FQCQ

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